9e jour : un esprit en quête de vérité pris par le mensonge

La plus grande toxicité, c’est le mensonge

La communauté du Cenacolo  accueille de nombreux jeunes blessés par différentes drogues. Quel est le secret du chemin de guérison qui leur est proposé ? C’est la découverte de la beauté de la vérité. Sœur Elvira, la fondatrice, aime la vérité. Elle regarde chacun dans les yeux. Les jeunes lui font confiance, car dans leur sensibilité, ils attendent la vérité et la sentent. Ce qui est offert aux jeunes, c’est donc une expérience de reconstruction vécue comme un chemin de vérité. Il s’agit de la guérison d’une vie de mensonge, qui est aussi devenue une toxicité. Il s’agit alors d’apprendre la vérité sur soi, de reconnaître ses fragilités, seul et devant d’autres.

Ces jeunes ont généralement une très grande sensibilité : ils prennent très à cœur les souffrances vécues en famille (déchirements des parents), plus que d’autres enfants de la fratrie. Ils souffrent donc davantage des mensonges dans la famille. Comme ils sont très sensibles et fragiles, ils ont mis des masques pour faire face, et ont appris à mentir sur leurs sentiments et leurs actes. Leur guérison consiste à devenir vraiment eux-mêmes.

Pour accueillir cette vérité, il y a d’abord la prière, fréquente, au cours de la journée. Elle clarifie le regard. Puis il y a chaque jour un temps de partage de l’Evangile, et une fois par semaine un temps de révision de vie. Là, dans un groupe de 7 à 8 personnes, chacun dit en vérité comment il a vécu la semaine avec soi, avec les autres, et chacun demande aux autres de l’aider, par la correction fraternelle, dans un climat de charité. De façon directe, les autres disent les choses qu’ils voient en lui et lui donne un engagement concret sur un point précis sur lequel il peine. Chaque soir, en fin de dîner, chacun dit son engagement et comment il l’a tenu.

C’est une libération. Dans le monde du mal où ils vivaient, dire la vérité est interdit au nom d’une pseudo-amitié. A présent, pour grandir comme fils de Dieu, avouer les compromissions est important, en particulier les péchés cachés, que personne n’a vus. L’éducation, c’est apprendre à l’autre à dire la vérité, à tout mettre dans la lumière afin de distinguer le bien du mal. Sans lumière, l’amour n’existe pas. Tout est faux. L’identification du mal permet au contraire de demander pardon et d’entreprendre un chemin de conversion. La parole qui reconnaît le mal permet aussi de pardonner. Tout naît de la vérité retrouvée, après la sortie de la confusion. Etre pardonné fait renaître à la vie.

Avant, les jeunes vivaient la vérité comme une accusation. L’accusation accable ceux qui tombent. La vérité vécue dans l’amour, au contraire, n’accable pas, mais elle sauve, transfigure.

 

Liberté sans vérité conduit au désespoir (Benoît XVI)

« Chers jeunes, dans nos vies personnelles et dans nos communautés, nous pouvons rencontrer des hostilités, parfois même dangereuses ; comme un poison qui menace de corroder ce qui est bon, de remanier ce que nous sommes et de nous détourner du but pour lequel nous avons été créés.

Les exemples ne manquent pas, vous le savez bien. Parmi les plus évidents, se trouvent l’abus d’alcool et de drogue, l’exaltation de la violence et la dégradation de la sexualité, qui sont souvent présentés par la télévision et par Internet comme un divertissement. Je me demande comment on peut expliquer aux personnes qui sont réellement victimes de violences et d’abus sexuels que ces tragédies, reproduites sous forme virtuelle, doivent être considérées comme un simple « divertissement » !

Il y a aussi quelque chose de sinistre qui découle du fait que la liberté et la tolérance sont très souvent séparées de la vérité. Cela est alimenté par l’idée, largement diffusée aujourd’hui, qu’aucune vérité absolue ne peut guider nos vies. Le relativisme, en donnant une valeur quasi indistincte à toute chose, a rendu l’« expérience » plus importante que tout. En réalité, les expériences, sans tenir compte de ce qui est bon et vrai, peuvent conduire non pas à une liberté authentique, mais au contraire, à une confusion morale ou intellectuelle, à un affaiblissement des principes, à la perte de la propre estime, et même au désespoir.

(Discours à la fête d’accueil des jeunes, JMJ de Sydney, 17 juillet 2008)

 

Une volonté paralysée ? Une intelligence aveuglée ?

La question de la résistance à la tentation est centrale dans les addictions car la volonté semble comme paralysée. Qu’est-ce que la volonté ? Selon le philosophe Aristote, c’est, avec l’intelligence, l’autre grande faculté de l’esprit humain. L’homme, capable de savoir ce qui est bon pour lui et pour les autres grâce à son intelligence, est aussi capable de décider de le faire, c’est sa volonté. C’est ainsi que l’homme est libre. La vraie liberté est la capacité de choisir le bien. La volonté, c’est la capacité de faire ce bien.

La volonté construit mon être et ma relation au monde. Elle est au cœur de ma personne. Par elle, je peux décider de faire quelque chose, alors même que je n’en ai pas vraiment envie, parce que je juge que c’est bon pour moi, pour les autres ou pour l’édification du bien commun. Mon jugement de la situation, grâce à l’exercice de mon intelligence, me permet de prendre une décision et de la mettre en œuvre, grâce à l’exercice de ma volonté. Ma décision libre engage toute ma personne, même si cela me coûte. Cette liberté repose donc sur ma volonté, colonne vertébrale de ma personne.

Dans le comportement addictif, je fais ce que je condamne. C’est comme si ma volonté n’était plus orientée vers le bien et le vrai. Que s’est-il passé ? Nous l’avons vu précédemment, dans l’addiction, les sensations remplacent les émotions. Elles vont dicter nos actions en nous plongeant, non pas dans des actes libres, mais dans la tyrannie des besoins. Dès lors, intelligence et volonté, les deux facultés spirituelles de l’âme humaine ne sont plus sollicitées. La liberté ne peut donc plus s’exercer.

Ainsi, je me sens obligé de retourner à ces images car l’attirance est trop forte. C’est comme si la recherche des sensations était plus importante que la vérité. J’ai besoin de cela pour me faire du bien, me faire justice, m’octroyer une récompense « bien méritée » ou encore pour reprendre contact avec un moi enfoui. Ce comportement peut aussi me permettre d’oublier mes propres blessures. Quand je ne peux pas verbaliser ma souffrance, je tente ainsi de vivre avec.

L’intelligence est ordonnée à la connaissance du vrai et la volonté à l’amour. Dans l’addiction, il n’y a plus de vrai, plus d’amour, plus d’altérité. Je suis seul et je me mens à moi-même.

Je suis pourtant encore capable de connaître la vérité et de faire ce qui est bien. Mon intelligence et ma volonté sont toujours présentes en moi, mêmes si elles sont blessées. Je dois  réapprendre à les employer.

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